La dématérialisation : quand l’art devient éphémère et virtuel

Souvenez-vous de l’époque où vous alliez louer des DVD au vidéo-club ou chiner des CD au disquaire. Ces souvenirs semblent déjà lointains. Qui utilise encore une chaîne hi-fi ou un lecteur DVD au quotidien ? Le streaming s’est imposé, que ce soit pour la musique ou le cinéma. Cette révolution numérique a incontestablement facilité l’accès aux contenus, mais elle s’est aussi accompagnée de transformations qui laissent un goût amer. Où sont passées nos belles pochettes d’albums, les posters, ou encore les bonus de nos DVD ?  Autrefois, ces objets représentaient bien plus qu’un simple support : ils étaient une expérience, un objet d’art, une source de souvenirs. Aujourd’hui, la dématérialisation a transformé ces moments en simples fichiers numériques accessibles en un clic. Mais à quel prix ? Plongeons dans cette nostalgie et questionnons ce que nous avons perdu en chemin : la matérialité de l’œuvre et l’expérience sensorielle qui l’accompagnaient.

 

Une révolution sensorielle

Bien que cette période suscite une certaine nostalgie, il faut reconnaître que l’ère numérique a simplifié notre accès à la culture. Aujourd’hui, écouter de la musique ne dépend plus du matériel que l’on possède, et par extension, de notre budget. Nous avons désormais accès à une immense bibliothèque musicale, souvent gratuite, moyennant parfois des publicités.  Cependant, si la musique est accessible partout et tout le temps, la qualité s’en trouve dégradée. Les amateurs le savent déjà : le streaming diminue la qualité sonore. Les musiques sont compressées dans des fichiers dont la qualité d’écoute est bien inférieure aux CD. Au-delà de l’aspect qualitatif, c’est aussi une question d’expérience, presque physique. Lancer une chanson sur une application de streaming n’a rien de comparable avec l’expérience d’acheter un CD, de l’insérer dans le lecteur, et d’écouter attentivement chaque morceau. L’effort et le rituel créent une connexion émotionnelle plus forte à l’œuvre. Posséder un album en format physique procure une satisfaction unique, renforçant le sentiment de possession et d’appartenance à un univers musical. Le CD comme véritable objet d’art : la pochette d’album, les feuillets, le graphisme sur le disque, les transitions entre les morceaux… Autant de spécifiés propres aux CD qui se sont (presque toutes) perdues.

L’illusion de l’accès infini

Les plateformes de streaming ont profondément modifié notre rapport au cinéma, transformant notre consommation en une pratique de masse, rapide et sans engagement. Aujourd'hui, les films deviennent des "lignes de code", lancées pour satisfaire un plaisir immédiat, sans vraiment prêter attention à leur contenu réel. Tout comme pour la musique, le streaming offre des films et des séries de qualité inférieure à celle des DVD ou Blu-ray, et le plaisir est réduit à la simple accessibilité. Bien que cela démocratise la culture, notre cinéphilie devient de plus en plus passive. Nous dépendons des catalogues des plateformes, souvent dictés par des algorithmes, et un film disponible aujourd'hui pourrait disparaître demain, selon des questions de droits ou de rentabilité. Ce manque de contrôle sur ce que nous voulons regarder est frustrant.

En parallèle, ce manque de possession physique a aussi amplifié des phénomènes comme l'effet Mandela, où les gens se souviennent de détails de films différemment de la réalité. Avant, en achetant un DVD, le film nous appartenait véritablement, et cette possession culturelle créait un lien plus fort avec l'œuvre. La pochette, les bonus, même la couleur d'une robe sur l'affiche devenaient des éléments mémorables. Mais aujourd'hui, cette expérience sensorielle disparaît, et nous nous retrouvons enfermés dans une bulle de recommandations qui limite notre curiosité et notre exploration de nouveaux horizons, tout comme la perte de ces objets physiques a altéré notre manière de nous approprier l'art.


Redécouvrir le plaisir du palpable

La dématérialisation a indéniablement transformé notre rapport à l'art et à la culture, rendant le contenu plus accessible que jamais. Mais elle nous a aussi privés d'une expérience tactile et émotionnelle unique. Il est peut-être temps de redécouvrir le plaisir simple de posséder une œuvre physique, de renouer avec cette sensation de connexion directe à l’art, et de réapprendre à consommer la culture autrement, loin de la frénésie du clic. Et l’avenir des disquaires, des collectionneurs, et des passionnés qui continuent de faire vivre cet art ? Le support physique a le pouvoir de rapprocher les gens, de proposer une expérience immersive et bien plus personnelle. C’est comme pour les livres : beaucoup d’entre nous ne jurent que par le papier, car le rapport à l’œuvre est plus intime. Posséder ce petit bout de culture nous procure une satisfaction profonde. Pourquoi ne pas tenter de redécouvrir l’expérience du CD ou du DVD ? Vous pourriez chiner des trésors dans les brocantes ou les boutiques de seconde main comme Gibert Joseph. Nul besoin d’acheter du neuf pour retrouver ces sensations ; après tout, ça fait aussi partie de l’expérience !

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