The Tuxedo Society : quand le luxe devient un décor Instagram
Des jeunes en smoking, champagne à la main, sur des bateaux vintage : The Tuxedo Society promet glamour et « old money » à la sauce TikTok. Mais derrière cette image parfaite, l’exclusivité s’achète et le luxe n’est qu’un décor monté, dans un club où l’élite se loue… si vous payez.
Dans une époque où l’image est devenue plus précieuse que la substance, des jeunes riches se sont appropriés un héritage séculaire pour transformer l’aristocratie en produit de consommation. The Tuxedo Society en est l’illustration parfaite : un club ultra-select qui vend un style de vie inaccessible à ceux prêts à en payer le prix. Mais au-delà du luxe apparent et des soirées en smoking, les clubs privés, c’est l’entre-soi chic des puissants qui jouent au polo en fumant des cigares. The Tuxedo Society reprend tous ces codes… mais en version pay-to-play.
Le style « old money» en carton
Sur Instagram et TikTok, la tendance old money fait des ravages : minimalisme chic, week-ends au lac de Côme et élégance effortless… sauf qu’ici, l’effort est maximal. Le fantasme du luxe tranquille vole en éclats quand on apprend que tout est scénarisé.
Le concept de « old money » n’est pas nouveau, mais il a pris une tournure totalement différente à l’ère des réseaux sociaux. Ce terme désignait à l’origine les familles aristocratiques dont la richesse se transmettait de génération en génération, souvent marquée par une certaine réserve et un savoir-vivre discret. Il s’agissait de bâtir un patrimoine culturel autant qu’économique, une richesse qui ne se montrait pas, mais s’imposait par son héritage.
Aujourd’hui, cette idée de noblesse est complètement détournée. The Tuxedo Society, propose à ses membres un accès à une expérience élitiste soigneusement mise en scène. L’influenceur Louis Pisano a lâché la bombe sur X : « The Tuxedo Society ne serait qu’une machine à contenu. Vous ne rejoignez pas un cercle ultra-select, mais un concept de rêve sur abonnement où vous payez pour poser dans des décors hors de prix. Ironie du sort : même leurs fameuses voitures d’époque appartiennent au fondateur, un concessionnaire bien inspiré. »
L’illusion de l’élite : quand le luxe se vend sur Instagram
Là où l’élite traditionnelle se distinguait par sa discrétion et son savoir-faire, The Tuxedo Society mise sur le spectacle. Et pour comprendre ce changement, il suffit de regarder le rôle grandissant des réseaux sociaux dans la construction de l’identité sociale. Dans un monde où la visibilité est synonyme de prestige, les réseaux comme Instagram ou TikTok ne se contentent plus de documenter la vie de leurs utilisateurs, ils la façonnent.
Les membres de The Tuxedo Society ne sont pas seulement des individus riches : ils sont des produits de contenu. Le club ne se contente pas de créer une expérience de luxe, il transforme ses participants en influenceurs, en mannequins d’un univers fictif où l’argent et la grandeur sont plus symboliques qu’effectifs. Le luxe n’est plus un mode de vie, il devient un décorum, une scène où l’on peut poser, sourire et… payer pour apparaître.
Mais le véritable problème réside dans la manière dont l’adhésion à ces clubs repose sur cette illusion. Dans The Tuxedo Society, l’adhésion commence par un processus rigide où les candidats doivent remplir des critères financiers : 6 000 € d’adhésion, un revenu annuel de 500 000 €, ou un patrimoine à sept chiffres. Mais ce n’est pas tant l’argent qui compte, c’est la possibilité de créer une image de richesse. La question n’est pas d’être réellement riche, mais de le paraître de manière « authentique » une notion totalement paradoxale, dans un monde où tout se vend.
Ce phénomène s’inscrit dans une tendance plus large où l’élitisme devient un produit que l’on peut acheter, comme n’importe quel autre bien de luxe. L’appartenance à cette élite se transforme alors en un simple acte de consommation. Plutôt que de se distinguer par son patrimoine ou par l'éducation, il devient question d’être visible, de pouvoir se montrer dans les bons endroits, avec les bonnes personnes. Au-delà des événements spectaculaires et des mises en scène de luxe, l’objectif principal de ces clubs est la valorisation de l’image personnelle. Le but n’est pas seulement de côtoyer l’élite, mais de se l’approprier à travers des filtres, des hashtags et des posts sponsorisés. Ce phénomène de « noblesse à la demande » transforme le luxe en un produit de consommation. Il n’est plus réservé à une poignée de privilégiés, mais accessible à ceux qui savent comment jouer le jeu des apparences.
Enfin, The Tuxedo Society est le reflet d’un monde où l’élitisme se consomme à la carte et où l’image prime sur la substance. Ce genre de club ne repose pas sur la richesse réelle, mais sur la capacité à incarner une illusion de richesse. Dans une époque où le statut social se mesure en likes et en vues, l’exclusivité n’est plus une question de naissance ou de réussite, mais une simple affaire de mise en scène.